Sonores & subaquatiques

Acoulac : Sous la surface du lac, un monde de silence ? Pas si sûr !  

Il y a les bruits que l’on entend et ceux que l’on n’entend pas... Acoulac réunit un groupe de chercheurs aguerris en acoustique pour caractériser et suivre les paysages sonores du Léman. Pourquoi décrire la biophonie, la géophonie et l’anthrophonie de ce lac emblématique est aussi original que nécessaire ? C’est ce qu’explore ce projet. 

Publié le 23 févr. | Mis à jour le 24 févr.

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Il est bien connu que le monde aquatique n’est pas un monde de silence. Pourtant, le paysage sonore n’est pas du tout connu en milieu lacustre. Le projet Acoulac a donc été déployé pour caractériser et suivre les paysages sonores des grands lacs périalpins. Comment ? En combinant des méthodes innovantes de suivi acoustique passif longue durée et d’intelligence artificielle. 

Avec le Léman comme témoin, l’objectif est de déterminer les contributions respectives des sons venant de la faune – biophonie -, de l’environnement physique comme les vagues ou la pluie – géophonie -, et des activités humaines – anthropophonie.  

Le projet implique l’université Savoie Mont Blanc au travers du CARRTEL1, la Trobe University en Australie, l’Université Jean Monnet à Saint-Etienne et le bureau d’études SubBear studies à Thonon-les-Bains.

Acoulac, c’est quoi ? 

Le projet vise à identifier les principaux motifs acoustiques qui composent le paysage sonore pour étudier les dynamiques temporelles et spatiales en lien avec la diversité des habitats. 

Comment ? 

Avec des enregistreurs acoustiques autonomes (Hydromoth et SoundTrap). Plusieurs ont été déployés depuis le printemps 2025 sur deux sites, à différentes profondeurs et dans différents habitats. Ils sont relevés et remis en place toutes les 5 à 6 semaines, en plongée.  

Les capteurs enregistrent sur une aire d’écoute large ; ils sont programmés pour enregistrer tout type de sons pendant dix minutes, toutes les heures. Les sites enregistrés offrent différents micro-habitats ; (épaves, troncs d’arbres submergés, herbiers, zone avec buse). Ces environnements sont susceptibles d’abriter une diversité biologique et acoustique élevée, tout en étant exposés à une forte fréquentation humaine, notamment en période estivale. Les paysages sonores sont analysés à l’aide d’approches innovantes en intelligence artificielle. 

@carrtel
Quelles perspectives ? 

Près de 2 Téraoctets de fichiers audio ont déjà été collectés. Une première exploration visuelle de quelques spectrogrammes1 indique une présence claire de biophonie ; des sons caractéristiques, produits par des poissons et des invertébrés. Les données suggèrent aussi une forte influence des activités humaines ; navigation, loisirs nautiques, plage.  

Ces données sont une « première » dans les grands lacs ! Cela permet non seulement une surveillance non invasive des écosystèmes mais également une gestion durable des lacs.  

Les données peuvent orienter la prise de décision pour la régulation des activités nautiques la protection des zones sensibles, ou encore la gestion environnementale subaquatique.  

 

CARRTEL1 Centre Alpin de Recherche sur les réseaux trophiques et écosystèmes limniques 

Spectrogrammes2 : Représentation graphique d’un signal acoustique permettant de visualiser la variation temporelle de la distribution de l’énergie en fonction des fréquences 

Acoulac est une avancée majeure vers une surveillance écologique non-invasive des grands lacs périalpins. 

Le projet se poursuit avec la rotation régulière des enregistreurs. Les chercheurs développeront une approche d’apprentissage non supervisé pour détecter automatiquement les principaux motifs acoustiques et les associer à un type de « phonie ». Un atelier de restitution sera organisé avec les acteurs locaux pour partager les premiers sons enregistrés et discuter des enjeux de gestion. La valorisation scientifique sera aussi au programme de l’année 2026.