Eau & biodiversité 

Cisalb : la préservation d’un lac et son bassin versant 

Gestion du lac, qualité de l’eau, éducation, biodiversité : au Cisalb, rien n’est laissé au hasard. Engagé sur de multiples fronts, Sébastien Cachera, responsable de la gestion de l’eau et des milieux aquatiques, revient sur les enjeux d’un territoire emblématique. Son témoignage met en lumière le lien choisi entre action publique, recherche scientifique et innovation écologique.

Publié et mis à jour le 23 févr.

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Nous continuerons à créer du lien entre science, gestionnaires et monde économique.
Sébastien Cachera, responsable de la gestion de l’eau et des milieux aquatiques, Cisalb

Comment le Comité intercommunautaire pour l’assainissement du lac du Bourget agit sur son territoire ? 

Le Cisalb1 est une collectivité territoriale qui agit sur un bassin versant de 580 km² autour du lac du Bourget. Il regroupe 64 communes et intervient sur quatre grandes missions : la gestion des milieux aquatiques et la prévention des inondations, la lutte contre les pollutions, l’animation pédagogique et le suivi des eaux. 

Historiquement, le Cisalb a été créé pour lutter contre l’eutrophisation du lac du Bourget. Depuis, nos actions se sont diversifiées. Nous restaurons les rivières et zones humides, nous suivons la qualité des eaux et mettons en œuvre des actions de sensibilisation. Nous travaillons aussi directement sur le lac, par exemple en abaissant temporairement son niveau pour permettre aux roselières de se régénérer. Nos interventions sont à la fois techniques, scientifiques et éducatives. 

Cisalb1 : Comité intercommunautaire pour l’assainissement du lac du Bourget 

Quels sont les enjeux prioritaires pour ces milieux aquatiques ?

Le premier enjeu, c’est clairement le changement climatique. On observe des périodes de sécheresse plus marquées, et en parallèle des épisodes de crues plus intenses. Même si les territoires alpins ont longtemps été considérés comme des « châteaux d’eau », cette image ne tient plus vraiment. Le lac, par exemple, a gagné près de 2 °C en surface en quarante ans. Ce n’est pas anodin, car certaines espèces réagissent à un degré près. 

À côté de ça, il y a un effondrement de la biodiversité, très lié à l’histoire de l’aménagement des milieux. Pendant des décennies, les rivières ont été rectifiées. Résultat : des milieux très monotones, avec peu de diversité d’habitats, et donc une forte baisse de la biodiversité. 

Face à ces constats, le Cisalb agit à plusieurs niveaux. D’abord en travaillant sur la restauration et la renaturation des milieux aquatiques, pour les rapprocher le plus possible de leur fonctionnement initial. Plus un milieu est naturel, plus il est capable d’absorber les différents chocs climatiques. 

Il y a aussi tout le travail autour des zones humides, qui sont essentielles à l’échelle du bassin versant. On en compte plusieurs centaines sur le territoire. Elles jouent un rôle d’éponge : elles stockent l’eau quand il pleut beaucoup et la restituent progressivement quand elle vient à manquer. C’est un levier majeur pour rendre le territoire plus résilient face aux sécheresses. Mais une zone humide fonctionne d’autant mieux qu’elle est connectée aux rivières, qu’elle permet des échanges d’eau et la circulation des espèces. Aujourd’hui, l’enjeu est donc autant de préserver ces milieux que de recréer les liens entre eux. 

Nous travaillons également beaucoup avec les communes et les agglomérations, notamment sur la gestion de la ressource en eau. La sensibilisation fait aussi partie de nos actions, en particulier auprès du jeune public. 

Enfin, le Cisalb essaie en permanence de maintenir un dialogue entre tous les acteurs : élus, gestionnaires, associations, acteurs économiques, monde du tourisme. L’objectif est de trouver un équilibre entre les usages et la préservation de l’environnement. 

Dans ce contexte déjà contraint, un autre enjeu s’est ajouté ces dernières années : celui des espèces exotiques envahissantes. Leur arrivée rapide est souvent liée aux activités humaines et à la reconnexion des milieux. C’est exactement ce que l’on observe aujourd’hui avec la moule quagga, qui illustre bien ces nouvelles pressions qui s’exercent sur les écosystèmes aquatiques. 

Quand la moule quagga s’installe dans le lac du Bourget, il faut agir. Comment le Cisalb s’est-il mobilisé ? 

Dès la fin de l’année 2019, nous recevions des retours de lacs suisses et allemands qui nous alertaient sur l’arrivée massive de la moule quagga et sur les difficultés rencontrées. Dans le même temps, des plongeurs nous signalaient sa présence dans le lac du Bourget. 
Nous avons d’abord essayé d’agir sur le volet préventif, mais très vite, il est apparu que l’espèce était déjà installée et qu’elle se propageait extrêmement rapidement. 

La moule quagga pose de réels problèmes. Sur le plan écologique, elle colonise quasiment tous les habitats, de la surface jusqu’à plus de 100 mètres de profondeur. Elle recouvre les fonds, les herbiers, les zones de reproduction des poissons, et filtre une grande partie du phytoplancton, qui constitue la base de la chaîne alimentaire du lac. 
Sur le plan des usages, elle colmate les prises d’eau, les crépines et les canalisations. Or notre territoire dépend du prélèvement de plusieurs millions de mètres cubes d’eau par an dans le lac pour l’alimentation en eau potable : c’est donc un enjeu majeur. 

C’est dans ce contexte que le projet QuaggAttract nous a interpellés. L’idée, portée par Victor Frossard2, membre de notre conseil scientifique, repose sur une approche inspirée de mécanismes naturels : comprendre comment les moules adultes attirent les larves, identifier ces substances d’attraction, et les utiliser pour concentrer les moules sur des dispositifs ciblés plutôt que de les laisser se fixer partout dans le lac. Cette approche nous a semblé intéressante, parce qu’elle cherche à travailler avec le fonctionnement biologique de l’espèce, plutôt que contre. 

Victor Frossard2 : chercheur de l’université Savoie Mont Blanc au Centre Alpin de Recherche sur les réseaux trophiques et écosystèmes limniques (CARRTEL) et porteur du projet Quaggattract

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Face à l’incertitude climatique, comment le Cisalb se projette-t-il ? 

Il y a des modélisations sur les trajectoires du changement climatique qui démontrent une direction vers des climats plus secs, avec des variations très fortes. Donc comment on peut se préparer à ça ? Ce n’est pas évident. 

L’idée est de continuer à suivre, de mesurer l’évolution, de voir comment les milieux réagissent. Ensuite, il faut adapter ce qui existe déjà pour continuer à vivre dans un territoire comme celui-ci — intéressant pour ses paysages, sa diversité — et pour que ces milieux rendent toujours les services écosystémiques : l’eau potable, la prévention contre les inondations, la pêche, le paysage, et le reste. 

La science peut-elle éclairer les décisions à venir ?

Nous avons un lien très fort avec les chercheurs de l’université Savoie Mont Blanc. Plusieurs sont membres de notre conseil scientifique, dont notamment Victor Frossard, qui est chercheur au CARRTEL.  

L’objectif est de mesurer l’état de santé de notre écosystème, et d’essayer de faire le lien entre leur recherche et nos problématiques de gestion. 

Par ailleurs, une partie du territoire — le lac et l’agglomération de Grand Lac — est désignée “Man and Biosphere” par l'Unesco. Dans cette reconnaissance, il y a un lien très fort entre la science, l’aménagement et la gestion du territoire. Une nouvelle ère qui se profile, avec des sujets de recherche qui commencent à être identifiés dans la prospective du territoire. Nous continuerons à créer du lien entre science, gestionnaires et monde économique.