Biodiversité alpine

LECA : comprendre le vivant face aux changements rapides en montagne

Ancré au cœur des Alpes, le Laboratoire d’Écologie Alpine (LECA) explore la biodiversité sous toutes ses formes, du gène au paysage. Face aux pressions environnementales, ses recherches visent à comprendre comment les espèces et les écosystèmes évoluent. Le laboratoire éclaire la gestion durable des milieux montagnards et nourrit un dialogue constant avec les acteurs du territoire.

Publié le 17 déc. 2025 | Mis à jour le 18 déc. 2025

Lecture 6 min.

Tristan Mary

Le Laboratoire d’Écologie Alpine (LECA) est une unité mixte de recherche placée sous la tutelle conjointe du CNRS, de l’Université Grenoble Alpes (UGA) et de l’Université Savoie Mont Blanc (USMB). Implanté sur deux sites, à Grenoble et Chambéry, il rassemble près de 100 personnes. Le LECA est également membre de l’Observatoire des Sciences de l’Univers de Grenoble (OSUG), qui fédère plusieurs laboratoires autour des dynamiques du vivant, du climat et de la planète.

Ancré dans un écosystème scientifique structuré et interdisciplinaire, le LECA s’attache à comprendre les écosystèmes et les mécanismes qui génèrent et maintiennent la biodiversité, en particulier en contexte montagnard.

Explorer, comprendre, anticiper : trois axes pour décrypter les dynamiques du vivant

Les recherches menées au LECA visent à mieux décrire, comprendre et prédire l’évolution des écosystèmes face aux changements globaux : réchauffement climatique, évolution des usages des terres, pollutions ou fragmentation des milieux.

Les ambitions scientifiques du LECA se déclinent ainsi autour de trois grands axes en contexte montagnard :

  • Analyser les patrons de biodiversité à différentes échelles, du local au global.

  • Comprendre les processus évolutifs et écologiques qui façonnent la biodiversité, et la capacité des espèces à répondre aux changements actuels.

  • Anticiper les réponses de la biodiversité et des écosystèmes aux changements environnementaux, pour éclairer les politiques publiques, la conservation et la gestion durable des territoires.

Pour répondre à ces enjeux, les équipes combinent observations de long terme, expérimentations in situ ou en laboratoire, et modèles prédictifs intégrant données écologiques, génomiques et environnementales.

Cette approche repose sur une forte interdisciplinarité. Le LECA mobilise plusieurs champs de l’écologie (écologie évolutive, fonctionnelle, biologie moléculaire, génomique, modélisation mathématique), mais aussi des disciplines connexes comme les sciences de l’environnement, la sociologie, la géographie, la psychologie ou les sciences des données.

Sur le plan technique, le laboratoire bénéficie d’équipements avancés : laboratoires de biologie moléculaire, outils de télédétection, systèmes d'information géographique, dispositifs de suivi GPS pour animaux, pièges photographiques, accéléromètres, ressources de calcul intensif. Il s’appuie également sur des observatoires alpins et des dispositifs expérimentaux de terrain tels que le Jardin du Lautaret ou les sites du massif des Bauges.

Cette diversité méthodologique permet de soutenir des innovations appliquées : indicateurs de biodiversité, scénarios d’adaptation, outils participatifs et collaboratifs.

Carla Bassi, IE-USMB, coordinatrice des actions de terrain

Carla Bassi, IE-USMB, coordinatrice des actions de terrain

Des projets structurants

L’étude des plantes en coussin de haute altitude et des « mini-écosystème » qu’elles créent dans les falaises ou les pierriers constitue un axe fort et original porté conjointement par les antennes du LECA à l’USMB et à l’UGA, ainsi que plusieurs autres laboratoires partenaires de l’USMB et ailleurs.  Sur le plus long terme, le LECA mène des recherches sur les socio-écosystèmes de montagne, notamment à l’USMB, avec l’étude du massif des Bauges et dans le massif de Belledonne depuis plus de 40 ans. A ce titre, ce site fait partie du dispositif labelisé « SEE-life » (Suivi en Ecologie et en Environnement) du CNRS. Ces recherches, qui reposent sur la capture et le marquage de la faune sauvage (chamois, chevreuil, mouflon dans les Bauges, bouquetin dans Belledonne), explorent les impacts croisés du retour du loup, des changements climatiques et des activités humaines sur la faune sauvage et domestique, la dynamique des paysages ou encore l’embroussaillement. Elles s’appuient sur des financements de l’ANR, de l’Office Français de la Biodiversité, du ministère de la Transition écologique ou de projets européens (Biodiversa, FEDER).

Mener la recherche au cœur du territoire

Le laboratoire LECA se positionne comme un acteur important auprès de collectivités territoriales, les gestionnaires d’espaces naturels, les ONG et le secteur privé.

Depuis plusieurs décennies, le Parc naturel régional du massif des Bauges constitue ainsi un terrain d’étude privilégié pour le LECA. Les recherches de long terme sur la faune sauvage, les changements globaux et les activités humaines y sont menées au sein de la Réserve nationale de chasse et de faune sauvage, cogérée par le Parc, l’Office Français de la Biodiversité (OFB) et l’Office National des Forêts (ONF), tous partenaires du laboratoire.

Depuis 1985, le partenariat avec l’OFB repose sur une co-construction des projets de recherche. Ces coopérations permettent de cofinancer des programmes scientifiques, d’impliquer les partenaires dans le suivi de terrain et d’assurer le co-encadrement d’étudiants, doctorants ou post-doctorants. Les équipes scientifiques de l’OFB et du LECA analysent donc en étroite collaboration des thématiques communes telles que les zones d’interaction entre la faune sauvage, les activités récréatives et le pastoralisme, afin d’identifier les effets concrets des usages humains sur les écosystèmes. Le retour des grands prédateurs, en particulier le loup, fait également l’objet d’un suivi attentif, tant pour ses conséquences sur la faune domestique que sur la faune sauvage dans ce paysage habité.

Le lien avec le PNR s’inscrit, lui aussi, dans une dynamique de co-construction, suivie d’un transfert opérationnel des résultats. Le Parc joue un rôle essentiel de médiation avec les acteurs locaux, contribuant à l’appropriation des résultats de recherche par les gestionnaires et les usagers du territoire.

Cette démarche conforte le rôle du LECA comme référence dans l’expertise écologique des territoires montagnards. Le laboratoire est reconnu pour ses travaux sur la biodiversité, les relations entre espèces, l’impact des activités récréatives et du changement global sur la faune, la flore, et la dynamique des paysages. Plusieurs de ses membres siègent dans des conseils scientifiques (Parcs nationaux, régionaux, Asters, CREA Mont-Blanc), et s’impliquent dans des actions de diffusion des savoirs telles que les “Amphis pour tous” ou les cafés des sciences.

L’ancrage territorial du LECA s’est également concrétisé par la création du tiers-lieu La Passerelle, au cœur des Bauges. Ce projet, soutenu par la Fondation USMB, vise à renforcer les liens entre science et société, en facilitant le dialogue entre chercheurs, habitants et acteurs locaux.

Une recherche ancrée localement, tournée vers les enjeux globaux

Le LECA est aujourd’hui engagé dans de nouveaux projets à visée socio-écosystémique, dans la continuité des recherches menées dans les Bauges. Des travaux similaires se déploient dans les 3 Vallées, en lien avec l’OFB et le Parc national de la Vanoise.

La question de la conservation de la biodiversité reste un axe fort, comme en témoigne le projet actuellement consacré au criquet des torrents, une espèce très rare que l’on croyait disparue en France, aujourd’hui objet d’une thèse CIFRE. D’autres recherches s’appuient sur la génomique, ancienne et moderne, pour mieux comprendre la diversité au sein des espèces, à l’image du projet consacré au chamois de Chartreuse, qui présente des caractéristiques particulières au sein de l’arc alpin.

Le LECA explore également de nouveaux champs disciplinaires, en croisant histoire, épistémologie des sciences et écologie théorique, avec des travaux portés notamment par l’équipe USMB du laboratoire.

À travers ces projets, le LECA continue de combiner ancrage local et vision globale : il accompagne les territoires dans l’étude de la biodiversité tout en contribuant aux efforts internationaux pour comprendre les réponses de la biosphère aux changements environnementaux. Cette double perspective permet au laboratoire d’articuler recherche fondamentale, expertise appliquée, formation et médiation scientifique, tout en affirmant une position forte dans le paysage scientifique national et international.