RESIL-AV : Une coopération franco-italienne pour mieux prévoir le danger d’avalanche
Dans les Alpes, les routes transfrontalières exigent une surveillance attentive face au risque d’avalanche, d’autant plus que le changement climatique modifie la nature et l’évolution du manteau neigeux. Le projet RESIL-AV réunit huit partenaires français et italiens pour améliorer l’observation, l’analyse et la prévision du danger. Cette coopération vise à renforcer la résilience des territoires et à développer des outils communs qui répondent à des enjeux partagés.
Publié le 17 déc. 2025 Lecture 5 min.
Le changement climatique global que nous connaissons, a des conséquences très fortes sur l’environnement montagnard. Les régimes des précipitations sont modifiés, avec notamment d’importantes fluctuations dans l’altitude limite séparant les précipitations en pluie et neige. Le recul de l’enneigement n’est donc pas synonyme d’un moindre risque avalancheux, bien au contraire, car les phases de réchauffement aigu à des altitudes élevées peuvent conduire à la mobilisation d’importants volumes de neige, représentant un risque objectif pour les aménagements exposés en contre-bas.
Dans le cadre de son programme scientifique, la chaire MIRE soutenue par la Fondation USMB a inscrit l’adaptation des territoires de montagne vis-à-vis du changement climatique, incluant notamment l’ensemble des problématiques liées à la cryosphère. Manteau 4.0 désigne l’ensemble des actions de ce programme qui sont menées et coordonnées, afin de mieux comprendre les mécanismes contrôlant l’évolution du manteau neigeux dans un contexte climatique bouleversé, et quelles en sont les conséquences directes en termes de risques induits.
Le projet ALCOTRA RESIL-AV s’inscrit pleinement dans cette démarche, en stimulant une coopération internationale de premier plan afin de mieux modéliser et traiter le risque avalanche induit sur les axes de communication.
L’idée de RESIL-AV (Résilience-Avalanches) naît en 2023 d’un échange entre chercheurs français et italiens constatant qu’ils étudient les mêmes phénomènes et développent, chacun de leur côté, de nouveaux outils pour soutenir la surveillance du risque d’avalanche. Les observations menées depuis plusieurs années montrent que, sous l’effet du changement climatique, le manteau neigeux évolue plus rapidement et de manière plus hétérogène : alternance de redoux et de refroidissements marqués, épisodes de pluie en altitude, précipitations intenses. Si ces modifications tendent à réduire l’enneigement sous 2000 m, elles complexifient en revanche la prévision du danger là où se déclenchent la majorité des avalanches susceptibles d’impacter les routes.
Dans ce contexte, les partenaires du projet font un même constat : les systèmes d’observation, les protocoles et les outils d’aide à la décision évoluent dans chaque territoire, mais sans coordination transfrontalière alors même que les problématiques sont similaires. Le besoin d’un référentiel partagé, de données harmonisées et d’une réflexion commune sur les nouveaux instruments apparaît alors comme une étape indispensable.
RESIL-AV est financé par le programme Interreg ALCOTRA, il rassemble l’Université Savoie Mont Blanc (laboratoires LISTIC et ISTerre), la Fondation Montagne Sûre, le Politecnico di Torino, la Région Piémont, la Province de Cuneo, le Département de la Savoie, la société ALEA et l’association Data-Avalanche. Chaque acteur apporte des compétences spécifiques : recherche scientifique, expertise opérationnelle, gestion de réseaux routiers, acquisition de données ou développement d’outils numériques. L’objectif est double : améliorer la compréhension du manteau neigeux dans un contexte climatique changeant et renforcer l’aide à la décision pour les professionnels chargés de la sécurité des routes de montagne.
Le projet s’appuie sur des acquis existants — tels que la démarche CRISTAL, le protocole de tests nivologiques ROMANsns ou encore la plateforme SYNTHESIS — mais ambitionne de les enrichir et de les adapter à des environnements variés. Des sites pilotes supplémentaires seront équipés de stations de mesure, de caméras de détection ou de dispositifs géophysiques, afin de diversifier les situations observées. L’augmentation du volume de données collectées permettra également de développer des méthodes d’analyse plus robustes, notamment par l’intégration d’algorithmes d’intelligence artificielle capables de repérer des configurations de risque difficiles à percevoir à partir de signaux isolés.
Sur le terrain, cela se traduit par la mobilisation conjointe de chercheurs, d’ingénieurs, de nivologues et de professionnels de la montagne. Les tests nivologiques réalisés selon un protocole commun — déjà largement expérimenté mais encore perfectible — seront partagés en temps réel grâce à des outils numériques harmonisés (ROMANsns). Les partenaires italiens et français pourront ainsi accéder à des données comparables, favorisant des retours d’expérience plus riches et une montée en compétence collective.
Les premiers effets attendus concernent l’amélioration de la qualité des observations, une meilleure structuration de l’information utile à la prévision locale du danger d’avalanche et une convergence progressive des pratiques. Par ailleurs, la mise en commun des données contribuera à affiner les modèles physiques et mécaniques du manteau neigeux, ainsi qu’à améliorer les dispositifs de détection automatique.
RESIL-AV ouvre une nouvelle phase de collaboration entre la France et l’Italie sur la prévision du danger d’avalanche. Les prochaines étapes consisteront à déployer les instruments sur les sites pilotes, harmoniser les protocoles d’observation, enrichir les outils numériques et faciliter leur utilisation par les acteurs de terrain. Les méthodes et outils développés pourront, à terme, être adaptés à d’autres régions alpines confrontées aux mêmes enjeux, contribuant ainsi à une meilleure résilience face aux évolutions rapides du climat en montagne.

