Plastilac : quand les microplastiques contaminent les lacs alpins
Plastilac est la première étude qui dresse un état des lieux de la contamination en microplastiques dans les lacs alpins français. Ce projet permet de mieux comprendre leurs origines et leurs devenirs.
Publié le 23 févr. | Mis à jour le 24 févr. Lecture 4 min.
Depuis les années 70, le nombre d’études alertant sur la contamination des milieux marins par les plastiques n’a cessé de croître. Aujourd'hui, les images d'immenses amas de déchets flottant dans les océans témoignent de l'état fortement dégradé de ces écosystèmes. Aux antipodes des milieux marins, les écosystèmes de montagne semblent échapper aux pollutions plastiques. Pourtant, ni les sommets ni les fonds des lacs de montagne ne sont protégés de cette contamination microscopique. Au cours du projet Plastilac, les chercheurs du laboratoire EDYTEM1 ont menée des études sur les lacs alpins afin de mieux comprendre l’origine des microplastiques, leurs devenirs dans l’environnement et leurs impacts potentiels.
EDYTEM1 : Laboratoire Environnements, Dynamiques et Territoires de Montagne
Un projet en plusieurs étapes
Le projet, articulé autour du travail doctoral de Julia Dusaucy, s’est déroulé en plusieurs étapes concrétisées entre février 2020 et juillet 2023.
Plastilac a débuté par une comparaison de la contamination en microplastiques d’une centaine de lacs à travers le monde.
Ces connaissances ont permis de réaliser un état des lieux de la contamination de 3 lacs alpins aux caractéristiques contrastées ; le lac du Bourget, le lac d’Annecy et le lac du Merlet Supérieur.
Le bassin versant amont du lac du Bourget est densément peuplé. Pour Annecy, la population est principalement concentrée à l’aval du lac mais celui-ci est entouré d’un réseau routier important. Enfin, le lac du Merlet Supérieur, situé en altitude dans le Parc national de la Vanoise, est isolé et son bassin versant est exempt d’urbanisation. Il n’est exposé qu’aux retombées atmosphériques et à la fréquentation des randonneurs.
Les prélèvements dans les lacs ont été réalisés grâce à un drone aquatique développé expressément pour le projet. Après les phases de terrain et de laboratoire, des bilans de masse de microplastiques ont été établis pour chacun de ces trois lacs, permettant d’identifier les sources de contamination et d’évaluer le devenir des microplastiques dans ces milieux.
Tous les lacs concernés
De vallée ou d’altitude, tous les lacs étudiés sont concernés par la contamination de microplastiques.
En moyenne, les concentrations observées dans les lacs d’altitude sont trois fois inférieures à celles mesurées dans les lacs de vallée. Cette différence relativement modeste, malgré des éloignements variés aux sources de pollution, s’explique par l’importance des retombées atmosphériques à l’échelle régionale, ainsi que par l’efficacité des dispositifs de traitement des eaux usées dans les bassins versants des lacs du Bourget et d’Annecy. Dans ces deux cas, les principales sources de microplastiques proviennent des dépôts atmosphériques et des rejets urbains notamment lors des épisodes pluvieux. En effet, l’hydrologie joue un rôle majeur dans les flux de microplastiques en remobilisant les particules piégées dans les bassins versants. Ainsi, les périodes de hautes eaux liées à la pluie ou à la fonte du manteau neigeux se traduisent par une augmentation des flux de microplastiques d’un facteur 25 à 40 dans les rivières alpines. Enfin, les bilans de masse indiquent que la grande majorité des microplastiques entrant dans les lacs finissent piégés dans les sédiments, la sédimentation représentant le principal mécanisme de leur élimination de la colonne d’eau.
Ces résultats montrent qu’à court terme, la limitation des microplastiques passe par une meilleure gestion des eaux pluviales mais que ce levier reste limité face à l’ubiquité de la contamination. Une lutte efficace contre cette contamination passe une diminution drastique de la consommation de plastiques à l’échelle internationale.
En étudiant le devenir des microplastiques dans les environnements de montagne, les chercheurs du projet ont mis en évidence le rôle important des sols et du manteau neigeux qui piègent les microplastiques déposés par voie atmosphérique et des sédiments lacustres qui reçoivent la majorité des particules plastiques entrant dans les lacs. L’équipe concentre désormais ses travaux sur
la contamination des sols et les processus de piégeage et de transformation des microplastiques qui s’y déroulent et
sur la rétro-observation des pollutions lacustres passées par l’étude des archives sédimentaires.
Les particules d’usure de pneus n'ont pas été quantifiées dans cette étude en raison de leur incompatibilité avec l'instrument dédié à la mesure de tous les autres microplastiques.



