Interdépendances vivantes

Reconsidérer les interdépendances pour repenser les transitions 

Et si reconsidérer les interdépendances entre humains et non-humains permettait de repenser les transitions de nos territoires de montagne ? C’est la question que Vincent Vindevoghel s’est posé dans ses travaux de thèse ces dernières années. Les résultats offrent de nouvelles perspectives pour répondre aux enjeux actuels et redessiner l’avenir de nos montagnes. 

Publié le 17 déc. 2025

Lecture 4 min.

Quelle est l’origine de ces travaux ? 

Ce travail a commencé en septembre 2020, lorsque j’ai décidé de préparer un doctorat et de me lancer dans le monde de la recherche. Dans un contexte de baisse de l’enneigement, d’effondrement de la biodiversité ou encore de fonte accélérée des glaciers, je souhaitais alors apporter ma pierre à l’édifice aux transitions des territoires de montagne.  

Sur quelle grande idée repose ce travail doctoral ? 

Mes premières rencontres, lectures et réflexions m’ont rapidement conduit à étudier les écrits de chercheurs reconnus tels que Philippe Descola, Vinciane Despret, Bruno Latour ou Baptiste Morizot. Ces auteurs, souvent décrits comme étant des penseurs du vivant, dénoncent la séparation Homme-Nature qui prévaut en Occident. Ils expliquent que la Nature est traditionnellement vue comme étant extérieure aux sociétés humaines, inerte, et bien souvent considérée comme une simple ressource qu’il s’agit d’exploiter. Ils accusent alors cette séparation Homme-Nature d’être à l’origine des crises actuelles en favorisant le bouleversement des grands équilibres écologiques. Face à ce constat, ils appellent à reconsidérer les relations entre humains et non-humains (animaux, rivières, végétaux etc.) afin de faire émerger de nouveaux imaginaires et rapports au monde. Au début de mon travail, cette séparation Homme-Nature qu’ils dénoncent était omniprésente en sciences de gestion et du management, ainsi que dans les travaux s’intéressant aux transitions. Dans mon travail, j’ai donc souhaité poursuivre les travaux des penseurs du vivant en me demandant comment le dépassement de la séparation Homme-Nature pourrait participer à repenser les transitions des territoires de montagne.   

Concrètement, en quoi a consisté cette recherche ? 

Afin d’étudier cette question, j’ai eu l’occasion d’interroger des dizaines d’acteurs des territoires de montagne, aussi bien des chercheurs que des politiques, des citoyens ou des dirigeants d’entreprise. J’ai également eu l’opportunité de passer plus de 90 jours sur le territoire de Bourg-Saint-Maurice les Arcs afin d’observer les dynamiques autour du projet de territoire, une consultation avec les habitants et les socioprofessionnels visant à définir une feuille de route pour l’avenir du territoire. Par la suite j’ai également étudié les interdépendances autour de l’eau sur ce territoire en m’intéressant aux écosystèmes aquatiques et aux différentes activités humaines liées à ce sujet. De façon générale, mes travaux ont été largement pluridisciplinaires avec des dimensions géographiques, philosophiques ou encore organisationnelles. Ils ont également été constamment ancrés sur les territoires grâce à de nombreux liens avec les acteurs économiques, les citoyens, les associations, les politiques et les scientifiques. Concrètement, j’ai régulièrement eu l’occasion de partager mes résultats lors de réunions, de tables rondes ou encore de conférences.  

Quels sont les principaux résultats de ces travaux ? 

Parmi les principaux résultats que j’ai eu l’occasion de présenter, il y a par exemple le rôle prépondérant joué par l’agropastoralisme et les vaches Tarines dans le projet de territoire à Bourg-Saint-Maurice les Arcs. De la même façon, j’ai montré le rôle direct qu’ont pu jouer les sécheresses, les éboulements ou les inondations dans la concertation et dans la prise de décision. Ces résultats mettent donc en avant le rôle que peuvent jouer les non-humains dans la transition, alors que celle-ci était jusqu’à maintenant principalement vue comme étant le fruit des réflexions et actions humaines. Ces travaux ont également permis de mettre exergue l’importance des connexions Homme-Nature dans les territoires de montagne et le rôle décisif qu’elles pouvaient jouer dans leurs transitions.  

Et maintenant, quelles sont les prochaines étapes ? 

J’ai aujourd’hui de nombreuses idées pour poursuivre ces travaux. Je souhaite tout d’abord continuer à étudier les interdépendances entre humains et non-humains, avec l’idée que cela pourrait servir de boussole pour les transitions des territoires. Je prévois également de poursuivre mes recherches autour de l’eau qui sera très certainement un sujet majeur dans les décennies à venir. Je viens aussi de commencer un postdoctorat à l’Université Savoie Mont Blanc dans un projet qui s’intéresse à l’évolution de l’attachement aux territoires dans un contexte de changement climatique. Plus globalement, j’aspire à multiplier les interventions auprès du grand public, des politiques et des acteurs socioprofessionnels en participant à des conférences et des tables rondes, ou encore grâce au métier d’Accompagnateur Moyenne Montagne pour lequel je suis en train de me former.