L’eau apportée au moulin de la recherche
L’eau est plus que jamais un bien précieux à préserver à l’heure des bouleversements climatiques... C’est un enjeu majeur qui constitue un axe important de travaux pour les chercheurs de l’Université Savoie Mont Blanc. Depuis plusieurs années déjà, ils multiplient les projets en lien avec cette ressource qui compose 75 % de la planète.
Publié et mis à jour le 23 févr. Lecture 4 min.
En introduction de cette nouvelle édition de En Sciences & vous, Jean-Christophe Clément, directeur adjoint du CARRTEL, Centre Alpin de Recherche sur les Réseaux Trophiques et les Écosystèmes Limniques (unité mixte de recherche INRAE Institut National de Recherche en Agriculture, Alimentation et Environnement / USMB), donne le ton.
De l’importance de l’eau...
L’eau est l’une des molécules les plus importantes pour la vie sur Terre. Nous connaissons bien son cycle, souvent le premier appris par les enfants. La vision de ce cycle reste fréquemment simple, mais les impacts sur la qualité et la quantité de ses réservoirs sont méconnus, et pas enseignés suffisamment. Pour nous qui travaillons sur le milieu aquatique, principalement sur notre territoire, c’est une préoccupation.
Bonne note pour les grands lacs du territoire
À ce jour, que constatons nous ?
Globalement, la qualité physico-chimique de l’eau des grands lacs (Annecy, Léman et Bourget) s’est grandement améliorée depuis les années 70-80. Des décisions politiques importantes se sont appuyées sur les travaux du CARRTEL pour procéder, avec succès, à une meilleure gestion des eaux usées. Aujourd’hui, ces lacs sont presque devenus trop propres et pourraient ne plus fournir assez de nourriture aux poissons, mais nous nous posons encore des questions et travaillons sur l’impact d’autres facteurs les concernant liées aux nanoplastiques, aux PCB ou aux espèces invasives exotiques comme les silures, moules zébrées ou quaggas.
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Les lacs d’altitude sous surveillance
Et quid des lacs d’altitude ?
Plusieurs projets sont en cours depuis plusieurs années au sein de l’USMB, notamment le tout récent PLOUF pour "Pollution des Lacs et Observation des Usages récréatiFs".
Depuis l’été 2025, les impacts des activités liés à l’accroissement de la fréquentation humaine auprès de ces points d’eau sont étudiés, notamment pour fournir des informations aux gestionnaires de ces espaces afin de mieux les préserver.
Ce projet est également lié au programme “Lacs sentinelles”, géré par le Conservatoire des espaces naturels de Haute-Savoie et présidé par mon collègue Florent Arthaud. Dans ce cadre, une trentaine de lacs d’altitude sont équipés de capteurs qui permettent de surveiller leur évolution (température, transparence, oxygène, chimie...) et sont relevés chaque année.
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Les glaciers, une préoccupation majeure
Et quand on parle eau, on pense bien sûr aussi glaciers sur notre territoire. Ils représentent en effet une énorme ressource et leur fonte est une vraie préoccupation pour le cycle de l’eau. Sur le long terme, se pose la question du soutien des étiages des cours d’eau dont l’alimentation en dépend. Le Rhône par exemple en fait partie ! Nous nous attendons à des débits en baisse surtout en été avec des conséquences sur les écosystèmes et les activités en aval (refroidissement des centrales nucléaires, fonctionnement des centrales hydrauliques, irrigations...).
Un programme comme Ice & Life étudie la disparition de ces étendues glaciaires et la création en parallèle de nouveaux écosystèmes tels que les lacs proglaciaires. A l’horizon 2100, nous avons modélisés que 60 000 plans d’eau pourraient ainsi voir le jour dans le Monde suite au retrait des ~230 000 glaciers de la planète. Ils auront donc un rôle croissant dans le stockage, la purification, la régulation et l’accès à l’eau douce dans de nombreuses régions. Les modélisations récentes permettent d’estimer qu’en 2100 seuls 3 à 7 % de l’eau de fonte des glaciers actuels resteront stockés dans les lacs d’altitude alors que le reste aura poursuivi son chemin vers l’océan.
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Favoriser la biodiversité sur les retenues collinaires
Qui dit essoufflement de la ressource en eau peut aussi renvoyer à la création des retenues d’altitude, ces ouvrages de stockage remplis par les eaux de pluies, de ruissellement, et parfois par pompage. Nous venons de consacrer une thèse sur leur revégétalisation (B. Gerfand) pour qu’elles puissent permettre de développer la biodiversité via l’aménagement des berges et la création de radeaux sur l’eau. Ces travaux de recherche appliquée ont été menés à Bourg-Saint-Maurice Les Arcs. C’est, à ma connaissance, une première.
Une chose est sûre, le sujet de l’eau est vaste et les approches nombreuses et diversifiées ! Cette newsletter en témoigne !
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