Water Heritage : comprendre les systèmes d’irrigation et les usages de l’eau en montagne
Marginalisés depuis plusieurs décennies, notamment en raison des évolutions technologiques et de l’exode rural, ces systèmes de gestion et d’usage de la ressource en eau font aujourd’hui l’objet d’un regain d’intérêt. Face aux effets du changement climatique et aux tensions croissantes sur cette ressource, ils apparaissent comme des modèles de gestion locale pouvant contribuer à la préservation des paysages, à la régulation des usages et à la réduction de certains risques naturels.
Publié le 23 févr. | Mis à jour le 5 mars Lecture 4 min.
Ancien Canal des Chapelles ou Bief mort (Haute Tarentaise)
― B. BerthierLe projet Water Heritage – Le patrimoine de l’eau s’intéresse aux systèmes traditionnels d’irrigation en montagne et aux usages de l’eau qui y sont associés. Il réunit des chercheurs de différentes disciplines en sciences humaines et en sciences de l’environnement (archéologie, hydrologie, anthropologie, histoire, géographie, sociologie, linguistique, droit), afin d’analyser et de valoriser des pratiques anciennes d’irrigation gravitaire, qui reposent sur une organisation collective et ont permis, pendant des siècles, une gestion équilibrée et durable de l’eau en zones de montagne.
Marginalisés depuis plusieurs décennies, notamment en raison des évolutions technologiques et de l’exode rural, ces systèmes de gestion et d’usage de la ressource en eau font aujourd’hui l’objet d’un regain d’intérêt. Face aux effets du changement climatique et aux tensions croissantes sur cette ressource, ils apparaissent comme des modèles de gestion locale pouvant contribuer à la préservation des paysages, à la régulation des usages et à la réduction de certains risques naturels.
Encourager une reconnaissance de l’existant
Water Heritage encourage la reconnaissance de ces systèmes d’irrigation traditionnels et les fait connaitre au grand public et aux acteurs institutionnels concernés. Dans la continuité des orientations de l’Unesco qui reconnait ces techniques de gestion de l’eau et d’irrigation gravitaire au titre des éléments du patrimoine culturel immatériel de l’humanité, le projet met en lumière la valeur des savoir-faire, des règles collectives et des modes d’organisation locale qui structurent ces pratiques. Il s’agit de faire reconnaître ces systèmes non seulement comme des objets techniques, mais aussi comme des éléments vivants du patrimoine, vecteurs de cohésion sociale.
Ces formes d’irrigation reposent sur des mécanismes de gouvernance locale, souvent informels, fondés sur des droits d’usage, des règles de partage de l’eau et des institutions communautaires. Elles ont façonné durablement les paysages de montagne et continuent, lorsqu’elles sont maintenues, à offrir des réponses adaptées aux enjeux contemporains de gestion de l’eau.
Water Heritage a ainsi pour but de collecter des données liées à ces systèmes de gestion de l’eau et d’irrigation en montagne, afin que ces pratiques continuent de vivre, sans tomber dans l’oubli, étant donné que les savoir-faire et connaissances associés sont majoritairement transmis de manière orale.
Une approche interdisciplinaire
Lauréat de l’appel à projet Starting Grants UNITA. Water Heritage est porté par une équipe pluridisciplinaire. Dirigé par Mathilde Lamothe, ethnologue (Chaire professeur junior PCITER), le projet implique différents partenaires UNITA : l’Université de Pau et des Pays de l’Adour (UPPA), l’Université de Brescia, l’Université de Navarre, l’Université Savoie Mont Blanc, ainsi que des partenaires associés : le Pays d’Art et d’Histoire des Pyrénées béarnaises, le Parc National des Pyrénées, le Congrès Permanent de la Langue Occitane, l’Institut Occitan de Cultura, l’assemblée du Pays Tarentaise-Vanoise, l’association Terre e Sapori dell’Alto Garda.....
Le projet développe une approche interdisciplinaire de diagnostic patrimonial et de gouvernance, testée sur plusieurs territoires « pilotes » (Pyrénées occidentales, Alpes occidentales du Nord, Alpes centrales). Ces zones d’études, marquées par des contextes géographiques, climatiques et institutionnels différents, permettent d’analyser les relations entre conditions locales et adaptation locale des techniques. Le projet s’inscrit dans une démarche de sciences participatives, qui permet d’associer les habitants, les usagers de l’eau, les acteurs culturels et les institutions locales. Tout en documentant les pratiques, techniques et savoir-faire autour de la ressource en eau pour mieux comprendre les multiples usages que l’homme en a fait (usage agricole ou pastoral, thermal, hydraulique, ou encore touristique), les chercheurs tendent à évaluer l’état actuel des ressources en eau dans les communautés de montagne selon différents contextes. À travers la collecte de témoignages, l’analyse des pratiques et le dialogue avec les territoires, le projet cherche à définir une méthode interdisciplinaire de diagnostic patrimonial et de promotion de politiques de sauvegarde, voire d’extension de ces réseaux ancestraux qui pourra ensuite être déployée à plus grande échelle.
Le projet Water Heritage a pour ambition de déployer une méthode d’étude sur des zones « emblématiques », afin de valoriser les pratiques de gestion de l’eau et d’irrigation gravitaire en zones de montagne qui peuvent être particulièrement affectées par les changements climatiques et d’utilisation des sols. Après un premier séminaire à Brescia (Italie), pour étudier le cas des Alpes occidentales et des études de cas sur d’autres territoires, le réseau de chercheurs organisera un séminaire final en 2026 pour faire le point sur la méthode testée cette année et se projeter dans son application à grande échelle.



